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Eloquence ! Le discours gagnant du concours 2019

Le discours de Tom Fortineau 2de7 qui a gagné le concours d'éloquence :

Désolé Monsieur Truchet mais vous vous êtes trompés… je ne suis pas Tom Fortineau je suis Tom Portineau… Hier j’étais chez moi tranquillement installé dans la fange mon Port_able a vibré, c’était Truitteure ! Mon sang n’a fait qu’un tour… on m’avait balancé ! Moi, simple petit cochon issu d’une famille modeste d’une ferme écologique et collective de la plus belle ville du monde : Vesoul, respectueuse du consommateur, petit cochon sans histoire, petit cochonou fragile et apeuré me voilà traîné dans la boue, humilié, bafoué, exclu, saucissonné !

Moi, représentant de la qualité française, labellisé, Mister Franche-Comté 2019, je me retrouve victime d’une cabale outre-Atlantique, un royaume où règne mon idole, mon aïeul, mon oncle adoré, le plus grand et le plus gros des porcs de la famille. #Balance ton Donald, me disais-je. Je tentais alors de comprendre: S’agissait-il d’un génocide porcin ? Pourquoi tant de haine ? Qu’est-ce qui justifiait ce déchaînement de violence ? Je me suis renseigné dans la petite gazette du cochon (1 port 50 chez tous les bons libraires !) Et je me suis retrouvé abasourdi : il y avait donc plus dégueulasse que moi !

Harvey Weinstein aurait violé 14 personnes dont Lysette Anthony en 1982,Asia Argento et Rose McGowan qui ont subi 3 opérations du poignet et du coude à la suite de viol, il aurait aussi harcelé sexuellement Ashley Judd, Laura madden , Zelda Perkins Zoë Brock, Liza Campbell , Lauren Sivan , Lucia Evans  …

Vous ne pouvez pas comprendre la douleur d'une femme qui est harcelée ou violée et le pire c'est qu'elles gardent le silence car elles ont peur de se faire juger, elles ont peur des représailles, elle se sentent impuissantes ou même des fois elle se sentent coupables, et elles peuvent tomber en dépression. Certaines personnes se suicident à cause d'un viol car elles ne peuvent pas vivre avec cette douleur permanente. En France peu de victimes portent plainte et la majorité des affaires ouvertes sont classées sans suite.

Et nous, nous sommes comparés à ces … choses, ces monstres alors que nous ne  sommes que des petits gorets inoffensifs et personne ne pense à nous.

Moi, Tom Portineau, célibataire, du haut de mes 16 ans et de mon mètre 70, j'ose lancer un appel : si parmi vous se cache une jolie porcine, qu'elle n'ait pas peur d'avoir un ra-porc avec moi : je ne suis pas de ces êtres sans cœur, sans âme, sans considération pour la gente féminine ;  ne nous mettez pas tous dans la même porcherie ! Je suis là pour nous protéger, nous les porcs nous sommes beaucoup plus propres que ces personnes qui violent, harcèlent des femmes, les réduisant au silence, les privant de la parole, leur ôtant l'estime d'elle-même.
Ainsi, devant l'urgence de la situation, il m'a semblé nécessaire de devenir membre honoraire de l’association : la bien connue FPPF, ou…  "Fédération de Protection des Porcs français", dont la devise rayonne au frontispice de toutes les boucheries de France : « Un esprit sain, dans un porc – sain ». Nous, les porcs, n’avons rien à voir avec ces histoires ignobles de femmes injuriées, harcelées, violées. Notre mission n'est pas seulement de militer pour la réhabilitation du porc mais elle consiste aussi à alerter l'Etat et l'opinion quant au retard pris par la justice qui doit venir en aide à toutes ces femmes enfermées dans la prison de leur honte. Savez-vous que 98% des violeurs ne sont pas condamnés ? Savez-vous que 82% des femmes vivent mal leur dépôt de plainte ? Savez-vous que 70% ne se sentent pas reconnues par la justice en tant que victimes ? Savez-vous que 121 femmes et 25 hommes décèdent en France chaque année de violence sexuelle ? Et ce ne sont là que des statistiques officielles probablement très en dessous de la réalité.  Ce n'est pas seulement le combat des femmes. C'est aussi et peut-être même avant tout celui des hommes ! Au-delà de la question des genres et d'un modèle de société fondé sur la domination des unes par les autres, c'est de notre vivre ensemble dont il est question. Dès les prémices du féminisme au 15ième siècle, nous étions là pour défendre le droit des femmes. Nous n’étions qu’une minorité. Nous nous battions cœurs et âmes pour que l’égalité hommes / femmes ne soit plus un rêve, ne relève plus du conte de fée… Pour que vous ne soyez plus considérées comme de pauvres princesses fragiles, apeurées, dans l'attente bête du porc charmant…

En associant de façon scandaleuse harceleurs, violeurs, assassins et gentils petits porcs inoffensifs et appétissants, vous portez atteinte à l’ensemble de ma communauté, de mon ethnie, de ma caste. Vous nous rapprochez des monstres de l’humanité. Mais non, nous refusons cet état de fait et nous sommes désormais prêts à livrer le combat car oui, oui, oui, nous sommes désormais une armée de petits porcs. Nous sommes de votre côté : ne faites pas de vos alliés, des ennemis. A vous de jouer, le porc est dans votre camp (et nous l’espérons, bientôt dans votre assiette, car c’est notre projet !).

Regardez les conséquences de cette honteuse assimilation, confusion : des milliers de porcs sont désormais en exil ; ils fuient leurs porcheries menacées par ce hashtag, poursuivis qu’ils sont par la rumeur, le scandale et l’opprobre ; chassés, expulsés, condamnés, bannis, rejetés, exclus, abandonnés, persécutés, traqués, trainés dans la boue ! Ils s’entassent sur des radeaux de fortune, serrés les uns contre les autres, espérant atteindre le rivage chinois pour une vie meilleure puisque oui, vous n’êtes pas sans savoir que 2019 est là-bas l’année du cochon de terre, l’Asie une fois de plus nous enseigne la marche à suivre, créons ensemble le FICA, le Festival International des Cochons d’Asie,  après avoir sacrifié l’un des leurs sur l’autel de la boucherie pour alléger l’embarcation, espérant finir dans des assiettes plus nobles et non entre les quatre murs d’une prison surpeuplée.

C’est désormais la crise ! Le cours du bacon a chuté, le kilo de jambon ne se vend plus, plus personne n’ose lire Les trois petits cochons, les enfants hurlent à la lecture de ce conte, les étals des supermarchés sont vides, les abattoirs sont fermés et les employés au chômage technique, les gilets roses ont envahi les ronds-points, le ministre de l’agriculture a démissionné, les exportations sont au point mort, les auges sont désormais vides tandis que les princesses attendent, leur prince charmant.

Prenez exemple sur nous qui respectons la gente féminine.

Face à ce qui s’annonce comme l’un des plus grands génocides de l’Histoire, que font les associations, que fait Brigitte Bardot ?
Nous vivons dans un monde où 87% des usagères de transport en commun déclarent avoir été victimes de harcèlement, un monde dans lequel 6 femmes sur 10 craignent d’être agressées, un monde d'insécurité où les limites ne semblent plus exister, où les bornes ont disparu, où les frontières ne sont plus tracées. Pourquoi en sommes-nous là ? Pourquoi faut-il que le scandale éclate aujourd'hui ?

Il est temps de rétablir la vérité ! La société a trop longtemps menti.

Mesdames… vous n’êtes pas des princesses ! On a voulu vous le faire croire depuis votre plus tendre enfance. Vous n’êtes pas Blanche Neige croquant dans la pomme, vous n’avez pas la maladresse de la Belle au bois dormant se piquant le doigt sur une quenouille, vous n’êtes pas la pauvre petite Cendrillon tremblant que minuit sonne, vous n’êtes pas Arielle arnaquée par la sorcière, quelle cruche… qui se coiffe avec des fourchettes et parle aux poissons ! Voyons, mesdames, vous êtes tellement plus que ça… « Libérée, délivrée, je ne mentirai plus jamais… » Vous méritez mieux qu’un hymne niaiseux, tout juste bon à faire rêver les petites filles de cinq ans !

Non mesdames, il n'y a jamais eu ni prince charmant, ni château, ni tour, ni donjon, ni sortilège, ni potion magique, ni baiser miraculeux… la réalité est malheureusement parfois plus sordide et loin du conte de fée made in Walt Disney. Ils se marièrent, eurent beaucoup d'enfants et les coups se mirent à pleuvoir, et il se sentit tout puissant, et elle se retrouva seule, honteuse et silencieuse… jusqu'à ce jour où la parole se libéra, où la révolte gronda, où l'union fit la force, ce jour où vous avez décidé de refuser la domination et l'enfermement. Alors, oui, vous êtes devenues des princesses, mais les princesses modernes de notre monde incohérent, des princesses nobles et dignes, des princesses de cœur, d'intelligence et de puissance ! Vous avez su briser les murs de la prison qu'on a tentée de construire autour de vous et je sais le courage et la détermination qu'il faut… Oui, je le sais car nous avons tous notre prison secrète… La mienne s'appelle dyslexie, elle m'a privé du langage pendant tant d'années, elle m'a fait croire que je ne pouvais pas écrire de texte, elle m'a assuré des mauvaises notes, une forme de honte et de culpabilité, elle m'a fait me sentir inférieur à tous et jamais… non, jamais… je n'aurais cru possible de participer à un concours d'éloquence. Tout porc-Tineau que je suis, me voilà à présent libéré, délivré…  


 

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